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Sentiment d’accomplissement

January 26th, 2009

Ce week end, ou plutôt ce vendredi, j’ai participé au Mutual Community Challenge Tour à Adelaide, qui est une course amateur du Tour Down Under (auquel Lance Armstrong a participé). La “rando” consistait à rider l’étape 4 des pros, avec 12 km en plus, ce qui ramenait le kilométrage total à 155km.

Pourquoi me suis-je engagé dans un tel événement (où l’on paie pour faire du vélo), je ne sais pas. C’était lorsque je venais d’arriver à Sydney, il fallait que je trouve des activités à faire. J’ai reçu un email et je me suis inscrit.

Un peu avant Noël, le capitaine de mon équipe me demande si je me suis entraîné. Non. Cela fait 3 mois que je n’ai pas fait de vélo. Mais j’ai fait à peu près 8000km cette saison…

Après les vacances de Noël, trois semaines avant le début de la course, le capitaine de mon équipe me redemande si je me suis entraîné, je lui réponds : “Non, j’ai mangé du foie gras de canard poêlé”. Il me propose alors de faire une sortie avec les gens de l’équipe, histoire de préparer la course. Je suis conscient de mon faible entraînement, je pars avec un ex-compétiteur et un triathlète ironman, je vais prendre cher. Au kilomètre 80, au Royal National Park, je prends effectivement cher : je suis à ma limite. Sur le chemin du retour, je leur dis que je ne peux pas aller plus vite, on passe sous le tunnel de l’aéroport, je suis à 45 dans la roue, je fatigue, je commence à voir flou. Au kilomètre 110, je meurs sur la nationale : hypoglycémie, je suis obligé de m’arrêter. On me donne un huitième de barre au chocolat, cela me sauve la vie. Je rampe jusqu’à chez moi : 118km.

Je prends alors conscience de mon faible entraînement : je ne ferai jamais les 155km. Alors, pendant deux semaines, je m’entraîne, lever à 6h, vélo ou course à pied, puis douche, puis travail, puis dodo à 21h. Malheureusement, au bout de trois jours, j’avais pris un peu trop cher encore. Finalement, j’aurai fait deux sorties de vélo (50km et 110km) et trois sorties de course à pied (6km, 8km et 6km) sur deux semaines.

Sortie d’entraînement (110km) sur le Grand Pacific Drive

Jeudi soir, je prends l’avion de Sydney à Adelaide, je mange des pâtes (dans un tuperware) que j’ai préparées la veille. Demain, c’est la course. Le jour J, lever à 4h, enregistrement à 5h, briefing à 5h30, départ à 6h15… Je regarde autour de moi, je ne risque pas de devoir donner mon vélo si l’on me double (la règle veut que si quelqu’un avec un moins bon vélo me double, alors je dois lui donner mon vélo), j’ai sûrement un des vélos les moins chers parmi les gens qui font la course. Départ, je ne sais pas si je vais finir, j’ai peur.

Départ groupé, première côte, je reste sur le petit (39×25) en danseuse en évitant de forcer le plus possible, je trace plein de pépés, de gros, et de gonzesses, je me retrouve dans un groupe à mon niveau. Le reste de la course s’est plutôt bien déroulé, même si j’ai failli chopper une crampe à la fin du KOM (King Of the Mountain) au kilomètre 115, heureusement que j’avais mis de la poudre de Powerade dans mon Camelback (je n’ai pas utilisé de poudre en vélo depuis que j’ai essayé l’Isostar en l’an 1998), et heureusement, j’ai leeché tout le long ou presque (j’ai dû rouler 10km en tête). La fin a été difficile, j’ai failli me faire doubler par un VTT tout suspendu avec vrai pneus de VTT (bon, le mec était un vrai VTTiste quand même) qui faisait la version 100km, heureusement qu’il y avait du faux plat descendant à la fin et que je l’ai mis facile grâce à mon vélo de route.

J’ai passé la ligne d’arrivée sous l’espèce de truc gonflable, temps total sans la pause du milieu : 5h50; temps total avec la pause goûter : 6h00. Les pros ont terminé en 4 heures. Je suis content d’avoir fini.

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas entraîné/préparé pour un événement particulier, le sentiment d’accomplissement est assez agréable.

Fin.

Fachion et victimisation

December 15th, 2008

Un gros bordel : sans censure du flot de pensée, sans correction, écriture spontanée…

Cela fait trois mois que je n’ai pas utilisé de shampoing, non pas que je ne me suis pas lavé les cheveux, masi plutôt que je me suis lavé les cheuveux au savon. Lorsque je suis arrivé en Australie, j’étais trop pauvre, alors j’utilisais le même savon pour me laver le coprs, les cheveux, et me brosser les dents. Depuis, je suis moins pauvre, mais j’ai eu la flemme et la réticence d’acheter du shampoing à 15$, pourtant, j’ai le poil toujours aussi brillant (comme Lucky quand il mange des croquettes au mouton).

Est ce que j’ai des pellicules ? Est ce que mes cheveux sont sales ? Est ce que mon poil pourrait mieux se porter ? Non. Vous tous qui utilisez du shampoing, vous êtes des victimes. (Surtout les filles qui utilisent du shampoing érotique Herbal Essences, en plus de victimisation, c’est de la masturbation sous la douche).

Et pourtant, il fut un temps, certains d’entres vous me disaient que j’étais une fashion victim. Oui, j’étais une fashion victim, surtout par rapport à mon niveau de revenu. Aujourd’hui, j’ai des pépètes (même si c’est pas vrai parce que le dollar australien est au niveau du rouble en ce moment), et je ne suis plus une fashion victim : je m’habille comme une grosse merde. Je privilégie le confort et l’économat. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne sais plus m’habiller. Je considère que j’ai toujours bon goût.

D’où cela vient-il ? Est ce que mes séjours à Milan et Londres ont exacerbé mon sens de la mode, sans doute. Est ce que mon voyage à vélo, et l’esprit relax australien ont changé tout cela, sans doute aussi.

D’une manière générale, nous sommes tous victimes de la société. Même ceux d’entre nous qui se disent “à l’écart” / “indépendant vis à vis” de la société sont des grosses victimes. “Je ne mange pas bio, mais je mange sain”. Ce phénomène où tout ce que l’on mange doit être sain est un phénomène de mode selon moi : au bon vieux temps, on kiffait les steaks bleus cuits dans du beurre, bordés d’une bonne assiette de frites (frites dans le beurre de préférence) avec de la mayonnaise fait maison, et une bonne pinte de bière. Aujourd’hui, on mange de la roquette avec un filet d’huile d’olive, de vinaigre balsamique, avec une demi tomate cerise, trois sashimis, et un verre de San Pelegrino.

Qui ose me dire qu’il/elle n’est pas une victime de la société, que je lui prouve le contraire ?

Je me rends compte que j’ai encore écrit de la grosse merde, mais bon, le format gros bordel me l’autorise. A vos commentaires, réactions, offusquations, exceptions java, citations de Montagine, déformations de mes propos par redéfinition de la langue française, tout vous est permis chers lecteurs.

Null

December 10th, 2008

Je crie : j’ai besoin d’une muse.
Je me tourne, je scrute, je ne te vois pas.
On me pousse, on te désigne, je t’accoste.
Je plonge dans ton âme, rien.
Rien ne m’apparaît, l’ennui me guette déjà.
Je fais un effort, tu ne comprends pas.
Je soupire, de mauvaise foi, je te souris.
Rien.

Prise de conscience

December 5th, 2008

J’en ai pleinement conscience en ce moment même, dans 6 mois, je serai père.

Et non, je plaisante (et toc, je vous ai eus). Je voudrais vous parler aujourd’hui de la pleine conscience (mindfulness). Je suis allé à un talk sur l’utilisation de la pleine conscience pour le traitement du stress aujourd’hui.

Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est la pleine conscience, moi non plus, le talk était en anglais. Je vais quand même de vous expliquer avec mes petits mots : la pleine conscience, c’est ce qui est défini sur Wikipedia ici, en particulier, c’est avoir “conscience de ses propre pensées, actions et motivations” (et je rajoute de son body).

Pratiquer la pleine conscience, bien avant de mener à l’éveil (bouddhique), aurait des vertus thérapeutiques qui permettraient, entre autre, de se libérer du stress. Pour reprendre les mots de notre conférencière Belinda Khong, il s’agit de répondre au lieu de réagir,  il s’agit d’avoir du remord au lieu de culpabiliser, il s’agit de comprendre soi-même, son environnement, et l’interaction de soi avec le monde extérieur.

Vous y croyez ? Moi j’y crois. Je me considère comme une personne plutôt peu stressée. Pourquoi ? Parce que j’ai confiance en moi, et que mon rapport à l’environnement s’en suit beaucoup plus harmonieux. Lorsque je suis moins sûr de moi, je fais un effort pour accepter mes faiblesses, et d’une manière générale, cela me permet d’avoir un rapport harmonieux aux choses aussi. Plus encore, depuis que je me fais vieux, je joue à l’exercice de l’introspection, et c’est pour moi un exercice de pleine conscience de mon esprit.

Peut-être suis-je un peu vague, mais je vais vous donner un exemple. Lorsque j’ai effectué mon périple en vélo et que j’avais plein de temps pour laisser vagabonder mon esprit, je me forçais aussi à diriger une analyse de moi même, de mes actions, sentiments et motivations passés. C’est un exercice plutôt difficile puisqu’il demande d’être très honnête avec soi même, et de s’accepter comme une personne différente de sa personne idéale. Cependant, je dois avouer que certaines des séances ont été très fructueuses et m’ont permises de vivre beaucoup plus sereinement.

C’est un exercice difficile et qui prend du temps. Je déplore mon manque de temps et de motivation pour conduire cet exercice régulièrement. Mon ami William, qui ne me lit sûrement pas, me disait : “j’essaie tous les soirs de me repasser dans la tête mes actions du jour, et de les analyser [d'un point de vue moral, si je me souviens bien de la conversation]“. L’exercice que faisait William était très semblable au mien, et je pense qu’il faut prêter attention au “j’essaie”, qui signifie que l’on oublie parfois, voire souvent.

Suis-je encore trop jeune et fou pour faire cet exercice tous les jours ? Je ne sais pas. Je considère cependant que cet exercice est important. C’est pour cela parfois que je me dis que ce ne serait pas si mal si je devenais moine. Cele me permettrait d’avoir le temps de pratiquer ce genre d’exercice. Toutefois, je redoute l’austérité de cette vie. Même si je sais que le confort n’est pas synonyme de bonheur, je sais l’apprécier, pour avoir vécu 3 mois sans toit.

PS : Et je me rends compte que je n’ai pas véritablement donné d’exemple d’analyse. Je vais être un tout petit peu plus précis, tout en restant flou, j’ai par exemple analysé mon rapport aux gens avec qui je me suis mal comporté dans le passé, ou plus récemment, mon rapport à la choppe…

Le par coeur à l’heure du web

December 3rd, 2008

Dans la catégorie “Un gros bordel”, écriture spontanée, pas de corrections, pas de censure du flot de pensée.

Ah, dans le temps, on apprenait tout par coeur, et on était bien meilleur. Combien de fois avons-nous entendu dire cela ? Combien de fois nous sommes-nous entendu dire cela, ou quelque chose de semblable ? Pour être honnête, je pense que je ne dis pas souvent ce genre de choses.

J’ai toujours été, depuis ma plus tendre jeunesse, un opposant au “par coeur”, au “à la con”, au “recracher ce qu’on a appris”… Petit, je détestais les poésies. Plus grand, je détestais faire 5 fois le même exercice. Et plus grand encore, je détestais faire semblant de faire des dissertations en histoire.

On en vient donc à l’histoire-géo, pour être honnête encore une fois, je n’ai jamais brilé en histoire-géo dans les grandes classes, j’ai eu des bonnes notes, c’est tout. Sauf au bac, j’ai eu 7. La matière me semblait tellement douloureuse : on devait commencer par apprendre par coeur des dates, des noms, des villes (par exemple, replacer toutes les villes de Russie sur une carte blanche, ouais !!), puis on avait un sujet ou on devait faire semblant de réfléchir sur un sujet qu’on avait appris par coeur (ça consistait à replacer les pièces d’un puzzle 1D).

Les partisans de la tradition me diront : il est obligatoire d’apprendre ce genre de choses aux jeunes, au risque d’avoir des incultes, des illettrés ! Suis-je un inculte ? Suis-je un illettré ? Je ne crois pas, et pourtant, j’oubliais tout ce que j’avais appris à la sortie du DS. D’autres me diront : le puzzle était en 2D, et je dois dire : oui, voire plus. Mais même, pour avoir 16, il suffisait de rester en 1D.

La période de ma scolarité où j’étais le meilleur, et où je pense que j’étais noté à ma valeur, c’était sûrement en école d’ingénieur. Pourquoi ? Parce qu’on avait le droit au poly, et parce que les partiels, le plus souvent, n’étaient pas bachotables.

Aujourd’hui encore, au taff, j’ai le droit au poly (internet), ce n’est pas bachotable (les problèmes sont originaux), et je pense que je m’en sors plutôt pas mal. Je pense aussi que c’est ce que l’on attend de moi.

Si ce que l’on attend d’un ingénieur (ou de toute autre personne exerçant une profession demandant de la réflexion), pourquoi ne forme-t-on pas les enfants à cela, plutôt que de leur faire apprendre des trucs par coeur ?

Certains me diront qu’on a, entre autre, formé mon esprit analytique à l’école, et qu’apprendre à réfléchir, en prenant un niveau d’abstraction supérieur, c’est aussi apprendre quelque chose par coeur. Je suis d’accord. Cependant, je ne réfléchis pas toujours comme on me l’a appris à l’école. Et vous pouvez le remarquer dans cette série de billet où je suis plutôt bordélique.

Je dis donc : mort au par coeur, privilégions la réflexion. Je dis : à l’heure du web, les enfants peuvent trouver l’information sur Internet.

Ca pue un peu comme billet, mais bon, c’est dans la catégorie “Un gros bordel”, je pe permets donc de publier. Et vous pourrez rebondir plus facilement.

Testez vous

November 27th, 2008

Toujours dans la série “Un gros bordel”.

Je fais partie des personnes curieuses. Toutefois, j’hésite à faire le test 23andme. Pour ceux qui ne savent pas, 23andme est une entreprise américaine qui vous permet de tester votre génome à distance. Ils vous envoient un test, vous faîtes des trucs avec votre salive (je crois), vous renvoyez l’échantillon, et ils vous disent si vous présentez des risques de maladies génétiques.

Louis a dit : “je ne ferai jamais ça”. Je crois qu’il entendait : “c’est un truc à te pourrir la vie”. Il vaut mieux vivre heureux dans l’ignorance, plutôt que de savoir, et vivre malheureux. Le background catholique du petit lui (Louis ?) interdit de vendre son âme au diable. Trève de sarcasmes et d’allusions pédantes (sans correction).

Lorsque je me pose moi même la question, je me dis que je n’ai pas forcément envie de savoir. Lorsque je me projette au moment de vérité, lorsque je recevrai la lettre ou que je consulterai mes résultats sur Internet, je suis sûr que je ressentirai la même chose qu’aux concours : “ceci va influencer le reste de ma vie, ça va être de la balle si c’est bon, mais ça va faire mal si ce n’est pas bon”.

Qu’est ce que je pourrais potentiellement apprendre ? L’heure de ma mort, comment je vais mourir, ou rien du tout. Examinons ces trois possibilités.

Si j’apprenais l’heure de ma mort, par exemple, je suis porteur d’un gène qui prédit à coup sûr une maladie génétique qui me donne 5 ans d’espérance de vie, est-ce une bonne chose, est-ce une mauvaise chose ? Ce pourrait être une mauvaise chose si cela me sappait le moral, et que je vivais en dépression jusqu’à la fin de ma vie. Je pense que je ne suis pas ce genre de personne, mais bon, je n’ai jamais été face à une telle situation non plus. Ce pourrait être une bonne chose, puisque c’est une fatalité, je profiterais de la vie au maximum : faire le tour du monde, faire tout ce dont j’ai envie de faire, faire un gosse (sans censure de la pensée). Ce serait une chance inouïe, profiter au maximum de ma vie pendant 5 ans plutôt que de vivre ordinairement.

Si j’apprenais la façon dont je mourrais : je suis porteur d’un gène qui me donne 50% de chance de cancer du foie. Je ferais attention à mon alimentation et mon mode de vie pour faire pencher la balance du bon côté, par contre, je vivrais dans la peur, ou plutôt contraint. Alors que si je ne le savais pas, je pourrais vivre plus librement, et peut-être qu’au bout du compte, je n’aurais pas eu de cancer du foie.

Si j’apprenais que mon génome ne contient pas de gène potentiellement dangereux (connu à ce jour), je vivrais plus tranquille, plus conscient de ma chance. Vivre plus tranquille n’est pas à prendre à la légère, parce que par opposition au moment où je saurai que j’ai peu de chance de succomber à une maladie génétique, je suis pour l’instant dans le noir, dans la peur.

Alors, la conclusion est simple : tout est pour que je fasse le test. C’est ainsi que je raisonne dans mon esprit cartésien. Mais ai-je oublié quelque chose ? Je suis sûr que la connaissance de ces résultats amélioreront mon existence, j’en suis sûr aujourd’hui, mais en serais-je sûr demain ? Ce dont je suis sûr, c’est que je me trompe (je sais que je ne sais pas) en croyant que je suis sûr. Réagirai-je de la même façon dans la réalité et sur le papier ? Je ne sais pas. Je n’en suis pas sûr. Et c’est pour cela que pour l’instant, je n’ai toujours pas fait le test 23andme.

PS (parce que c’est écrit sans correction): reformulé de manière scientifique, savoir que rien ne me guette (à la lumière des connaissances d’aujourd’hui) apporte de l’information.

Je me félicite d’être aussi prolifique ces trois derniers jours. Le format, les règles que je me suis imposées dans la catégorie “Un gros bordel” me donnent plus de liberté pour écrire. Du coup, je suis plus productif, du coup, la concordance des temps en a sûrement pris un coup. Pardonnez-moi chers immortels (j’ai expliqué à mes collègues avant hier que la langue française, après avoir été draftée par Vaugelas, était mise à jour par des gens qui s’appelaient les immortels, je ne leur ai pas dit qu’ils étaient plutôt connus sous le nom de l’académie française).

Via Ferrata 1 – 0 Laurent

November 26th, 2008

Ce billet fait partie de la série “Un gros bordel”. Il est écrit sans correction, et sans censure dans le flot d’idées. J’ai écrit ce billet à de nombreuses reprises (deux) auparavant, mais je ne l’ai jamais publié.

La première fois que j’ai effectué une via ferrata, c’était avec Yves. Il m’avait emmené à la via ferrata de Crolles, classée ED, une des plus difficiles de France. A l’époque, je ne faisais pas d’escalade, et je n’avais jamais fait de via ferrata. C’est un parcours aseptisé, je ne peux échouer, je me disais.

Nous avons courru la marche d’approche en guise d’échauffement, j’ai posé le pied de travers, et ma cheville a chauffé, j’ai continué de courir. Je suis arrivé au pied de la voie. Yves m’explique comment on se sert des deux vaches. Je vois un gamin de 10 ans, je me dis que c’est facile.

Nous passons un panneau à la mémoire d’une personne ayant perdu la vie dans cette via ferrata. Il y a des risques. Je continue.

La progression est déversante, je continue. J’arrive au surplomb. Yves passe. Il m’attend et me donne des conseils. Je sors la tête du surplomb, j’entends “monte les pieds”, je monte le pied, et mon pied dérappe. Je me retrouve les deux bras suspendus à un barreau, les deux pieds dans le vide, il y a du gaz. Je donne un coup d’abdo, je remets le pied sur le barreau, et redescends.

Je me rends compte que je viens d’échapper à une chute dangereuse, c’était 5 mètres, plus le gaz. Je perds mes moyens. Je passe le bras dans le barreau. J’utilise une dégaine pour me construire une vache. Je dis à Yves que je veux redescendre.

“On ne peut pas, c’est déversant”. Je considère les options, on ne peut pas redescendre, je prends ce qu’il me reste de courage, vais à la rencontre du surplomb, sors la tête, me vache au barreau de sortie, et monte les pieds. Je continue l’ascension avec des bras en cottons.

Nous arrivons à une vire, un endroit plat, cette vire a la particularité d’être un renfoncement dans le rocher. Je me terre au fond de la grotte, je n’en peux plus. Deux personnes nous doublent à l’arrêt. Ce qui m’attend est le coup de grâce : l’échelle inversée. On monte sur cette échelle le dos à la paroi, face au gaz. Je ne peux pas.

Finalement, je peux, mais je regarde vers le haut, je ne peux admirer le vide, je ne peux admirer la vue sur la vallée. J’arrive au sommet de l’échelle, tend le pied vers la paroi, c’est fini. Je suis sauf.

La voie n’est plus déversante. Nous rencontrons encore une échelle inversée, celle ci ne donne pas sur 300 mètres de vide, je garde un peu de dignité. Nous arrivons en haut de la voie. Je suis exténué. Je me suis promis : jamais, jamais, je ne recommencerai.

Ceci est le récit d’une histoire vraie, elle s’est déroulée en 2005. Quelques mois plus tard, j’ai commencé l’escalade. En 2006, j’ai effectué ma première traversée en tête de cordée et mes premières grandes voies. Plus tard, j’ai refait cette via ferrata, c’était de la rigolade.

Où est la liberté ?

November 25th, 2008

J’ai peut-être décidé d’écrire une nouvelle série de billets, même si je sens que ce premier billet sera le premier et le dernier billet. Je me suis aperçu que faute de pouvoir bloguer trop dur, je blogue trop facile. J’ai envie de bloguer beaucoup plus librement, sans correction, ou presque, les idées qui me passent par la tête, sans prêter trop de sens ni à la structure, ni à la cohérence des idées. Ca risque de devenir un gros bordel, mais puisque c’est déjà une grosse connerie, on ne risque pas grand chose.

La liberté, c’est quelque chose de tellement obèse que je n’ai pas envie de traiter de tout le sujet, je traiterai seulement de la liberté de mon point de vue, de ma personne.

J’ai perdu ma liberté sur le web. Depuis que je suis rentré dans la vie professionnelle, j’ai peur d’exprimer des opinions trop choquantes sur mon blog. Je vais peut-être continuer cette série de billets sur un blog anonyme. L’anonymat me permettra de m’exprimer librement, sans avoir peur qu’un collègue vienne lire mes propos, sans avoir peur qu’un ami s’offusque de mes propos, de ma manière de pensée, j’ai envie d’être honnête dans mon expression, je n’ai pas envie d’être contraint par le politiquement correct.

Je pense qu’une autre règle de cette série de billet sera de m’exprimer librement, honnêtement, sans mettre de barrière et de censure à ma pensée.

Lorsque je dis “depuis que je suis rentré dans la vie professionnelle”, je pense à ma vie d’adulte. Même si j’ai passé le cap des dix huit ans depuis déjà longtemps, je me considérais jusqu’à peu à l’abri du blâme des gens, ou plutôt, je croyais qu’ils me pardonneraient mes actions, et mes opinions, qui sont en fait des actions dans le monde des idées. Je me trompais. En embellissant les choses, je peux dire que j’étais sans peur. En étant plus objectif, j’étais naïf, j’étais dans l’erreur.

Une autre règle que je viens de décider est que lorsque je coucherai une idée sur le papier, je ne pourrai pas utiliser le retour en arrière pour effacer cette idée. C’est ce que j’appelle “sans correction”.

J’ai véritablement perdu une certaine liberté dans mes pensées parce que le web, déjà social, est devenu universel. J’évite de dire sur mon statut facebook que ce que je fais en ce moment même au taff est chiant, parce que mes collègues sont mes amis sur Facebook. Lorsque ma mère me demande de tenir un blog sur ma vie à Sydney, je ne lui donne pas l’adresse de ce blog, bien qu’il lui soit accessible, parce que je ne veux pas qu’elle lise ce même blog. Universel signifie que tout le monde, tout du moins dans le monde dans lequel je vis, utilise Internet, et peut accéder à tout ce qui est public.

Quelles sont les solutions ? Les paradigmes des réseaux sociaux (tels que Facebook) me permettent de restreindre l’accès à l’information que je publie à différents groupes. Bien que l’usage de ce genre d’outils est difficile, il me semble qu’il soit devenu inévitable. La difficulté réside dans l’interface d’utilisation, mais aussi dans le manque de granularité des outils. Par exemple, comment exprimer le fait que je ne veux pas que mes collègues voient mes photos où je suis tout bourré, alors que mes amis peuvent voir ce genre de photos, mais que certains de mes collègues sont mes amis, tout en gardant à l’esprit que mes collègues sont quand même mes amis dans un certain sens, ou plutôt jusqu’à un certain point. De plus, certains de ces collègues sont devenus des amis proches. Il se pose un problème lors de l’évolution des relations humaines. D’un point de vue plus général, si l’on considère que l’Internet est social, l’Internet est un réseau social. Quels sont les outils qui permettent de restreindre l’accès à l’information ? Les outils, tels que les mots de passes, les sites privés, les groupes, dont nous disposons sont trop primitifs : comment fais-je pour spécifier que ce blog s’adresse au monde entier, mais que je n’ai pas envie que mes parents le lisent (peut être qu’ils le lisent déjà). Peut-être me critiqueriez-vous ? “Pourquoi, cher Laurent, tu publies sur Internet, en sachant pertinemment que tout le monde peut accéder à ton blog, si tu n’as pas envie que tes parents y accèdent ?” Ceci ressemble étrangement à la vie réelle par opposition à l’internet (même si je considère que l’internet fait partie de la vie réelle) : vous n’avez pas les mêmes discussions avec des amis ou des inconnus, et avec vos parents. L’exemple des parents n’est qu’un exemple, ce que je viens de dire est, je pense, appliquable à n’importe quel ensemble d’individus.

Les règles que je me suis imposées me rendent beaucoup plus productif dans mon expression. Par contre, je ne suis pas sûr qu’elles soient beaucoup plus productives dans ma communication.

La liberté, je l’ai aussi perdue dans ma vie. Mais ai-je jamais été libre ? Lorsque j’étais étudiant, j’étais tenu de réussir mes études, même si je dois avouer que je n’ai presque jamais forcé. Lorsque j’étais en train de faire du vélo entre Chambéry et Agadir, j’étais contraint matériellement : trouver un endroit où vivre, trouver à manger. Par contre, j’étais beaucoup plus libre par rapport à la société. Aujourd’hui, j’ai un travail intéressant, que beaucoup de gens envient (je n’aurais peut être pas dû le dire, mais j’ai décidé d’être honnête dans ce que j’écrivais), je suis loin d’être contraint matériellement, par contre, j’ai une vie, et je ne peux pas l’abandonner du jour au lendemain. Je me suis rendu compte de cela lorsque je discutais vendredi soir avec un français qui gagnait des sous jusqu’à fin décembre, avant d’acheter un van pour faire le tour de l’Australie en janvier. Je l’a envié.

De la liberté, je n’en ai pas beaucoup en société. Je me considère plutôt comme une personne sociale. Souvent, j’apprécie l’interaction sociale. Parfois, je me sens contraint. Je me sens contraint parce que je suis totalement conscient de ce qu’il faut faire et ne pas faire, en société, vis à vis des gens (d’une manière générale, mais dans des domaines spécifiques, tels que la drague des jolies filles, je ne sais pas faire). Je considère que ceci n’est pas donné à tout le monde (et je le dis parce que j’ai envie d’être honnête, même si je considère que ce n’est peut être pas politiquement correct). Parler aux bonnes personnes, faire les bonnes blagues au bon moment, rire au bon moment, partir de la discussion au bon moment, relancer le sujet de conversation au bon moment, être d’accord ou ne pas être d’accord par souci de sociabilité, tout ceci, je sais plutôt bien le faire, mais cela me fatigue. Ce n’est que trop rarement que je faillis à ces règles de comportement en société pour parler aux gens que je considère intéressants, par opposition aux beautiful people. Rarement n’est pas le bon qualitificatif. Je ne le fais pas assez.

Je viens de relire ce que je viens d’écrire, et je suis assez content de moi. Même si ça manque de structuration, de précision, de modération à cause de la spontanéïté, je suis assez content du résultat. Je vous laisse commenter, critiquer, et me dire si vous aimez.