20 Aug, 2006
Rencontre post-londonienne
Posted by: Laurent Tu In: Uncategorized
Top ! Le temps s’arrête, mais mon esprit défile. C’est un arrêt sur image comme il y en a dans ces nouveaux films : un panorama à 360°. Dans un éclat de lucidité, je me vois en train de draguer cette fille. Nous sommes debout, l’un en face de l’autre, ou presque, séparés par cette mini-table design. Un verre à la main, mon poignet s’appuie légèrement sur le disque constituant la partie haute de la table. Elle est un peu en retrait, et feint une timidité clairement calculée. Elle essaie de me séduire, et je réponds à ses avances par des tirades dont je ne me connaissais pas l’éloquence.
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Je l’avais rencontrée quelques semaines auparavant alors que je visitais Londres. J’étais venu avec un groupe d’amis italiens. Ce soir là, nous avions donné rendez-vous à d’autres amis, qui étaient venus avec d’autres amis encore. Finalement, personne ne connaissait plus personne. Ce bar d’hôtel super kitsch avait fait salle comble. Dans l’ambiance Erasmus la plus authentique, je faisais connaissance avec tout le monde. Chaque nouvelle rencontre était aussi inattendue que la précédente :
- Hi, I’m Laurent, how are you doing guys ?
- Hi, I’m Cathy.
- I’m H@vard.
- I’m John.
- Nice to meet you all.
- What are you doing in your life Laurent ?
- I’m doing computer science in France, an internship in Milan this summer, and I’m here in London with some of my Italian friends.
- Great, so, Cathy is studying politics here, she’s from Dublin. I am from Trondheim, I do electrical engineering, and John is from Oxford, where he does classics, even though he is here for an internship in marketing.
- Brilliant, I’m so sorry, but what’s your name already ?
- H@vard, yeah I know it’s tough, this is like Havard, but with a O like a @.
Je passais de groupe en groupe, je m’arrêtais, je passais mon chemin, j’allais chercher un nouveau verre. L’ambiance était démente. Lorsque j’arrivai à côté d’elle, elle me fit une place sur le canapé noir. Elle était charmante, alors je lui souris et j’acceptai sa proposition. Je lui tendis la main et nous fîmes connaissance.
- Hi, I’m Laurent, nice to meet you.
- Hi, I’m Camille, nice to meet you too.
- So, how are you ?
- A little bit tired… you ?
- I’m fine, it’s crazy here, isn’t it ?
Nous étions à l’étroit sur le cuir du canapé, toutefois, je sentais que notre conversation nous mènerait bientôt à un “See you later then”. Je tentai alors ma chance avec un :
- Camille, par hasard, ne serais-tu pas française ?
Auquel elle répondit par :
- Euh… oui.
Elle semblait assez surprise. Mon doute s’était avéré. Pourtant, elle n’avait pas d’accent français, c’est pourquoi j’avais pris toutes ces précautions. Quoi qu’il en soit, après quelques minutes de discussion sur nos vies et notre vision du système scolaire français, ma boisson arriva. Je l’ignorai sciemment quelques minutes, histoire de tester sa réaction, le temps de payer l’addition et d’échanger quelques mots avec la serveuse qui, sans aucun doute, était française. Lorsque je me retournai, elle s’était dirigée vers une autre personne, et feignait de m’avoir oublié. Je ne l’intéressais pas, et je me désintéressais d’elle, je traçai mon chemin et ne la revis que pour lui souhaiter au revoir et bonne nuit.
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Il se trouvait que quelques temps plus tard, j’entendis parler d’elle par un de mes amis.
- Si, si, je t’assure, une brune aux yeux marron, très charmante. Elle s’appelle Camille et elle travaille à Londres dans cette boîte là. Je pense qu’il n’y en a pas deux.
- Hum, on verra bien. Tu penses que je peux m’incruster à cette soirée ?
Je débarquai alors à cette soirée, et mon ami ne s’était pas trompé, il s’agissait bien de la même Camille. Elle ne s’attendait vraiment pas à me voir ce soir là, et moi non plus, sauf que moi, je jouais.
- Quelle surprise ! Que fais-tu là ?
- C’est plutôt à moi de te demander ce que tu fais là ?
- Ah oui, c’est vrai que tu es une habituée, quant à moi, qui suis-je ?
Je marquai un petit silence, fis un pas de côté, et notre discussion passa en aparté.
- Je suis un ami de Thomas, je suis venu lui rendre visite quelques jours.
- Tu connais Thomas ?! Et bien, mon cher Laurent, le monde est petit.
- Ahhh, tu te rappelles de mon prénom ?
- Et toi du mien je l’espère ?
Elle haussa le sourcil. Je fis semblant de chercher.
- Hum… Camille ! Bien sûr que je m’en souviens.
Je la fixai dans les yeux, elle n’était pas troublée. Je lui proposai de prendre un verre, et nous rejoignîmes cette mini-table design. J’avais commandé un Mojito, et elle un Martini Dry. Je lui parlais depuis un petit moment, et c’est là que survint cet arrêt sur image. Je ne m’étais pas rendu compte de la chose, j’étais en train de la draguer, bien malgré moi. Pourtant, après l’épisode de Londres, j’avais laissé tomber cette idée.
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Je suis pris de panique. Je suis sûr que ça doit se voir sur mon visage. Le pire, c’est que l’arrêt sur image s’est déroulé dans mon esprit seulement. En réalité, le temps a continué à s’écouler, et elle avait continué à me parler. Je souris, j’aspire une longue gorgée de mon cocktail, et elle s’arrête de parler. Je souris encore, je lance un “tout à fait” pour gagner du temps. J’essaie de chercher dans ma mémoire immédiate ce dont elle me parlait. Je ne trouve pas, j’essaie à nouveau. Encore une fois, les lois de la physique jouent contre moi et une déformation spatio-temporelle accélère les choses.
- Ne te sens pas obligé d’être d’accord avec moi, me dit-elle avec hésitation.
Ouf ! Je resitue les choses. Nous étions en train de dire du mal d’un mec quelconque qui essayait de la draguer. Je ne peux faire marche arrière sur mon opinion, je suis d’accord avec elle. Je présente alors ma théorie sur les méfaits de la testostérone sur les individus mâles de la race humaine.
- Quel boulet ! Je ne sais pas si tu te rends compte.
- Grave.
Ce boulet justement se comportait comme je l’avais fait moi-même il y a quelques temps avec une autre fille. Les filles se plaignent toujours des mecs qui n’extériorisent pas leurs sentiments, mais lorsqu’ils le font, lorsqu’ils expriment leur enthousiasme, ils passent pour les derniers des loosers. Il lui avait écrit quelques mails, il lui avait laissé quelques messages, et il l’avait appelée quelques fois (en l’espace de quelques jours, certes) : ce qu’elle aurait pu trouver super “mignon” si elle s’était éprise de lui, mais puisque ce n’était visiblement pas le cas, c’était un boulet !
- Tu ne vas pas me dire le contraire ?
- Pas du tout !
Et moi, pendant ce temps là, je me demande si elle ne me raconte pas cette histoire pour me faire comprendre que moi aussi je suis aussi un boulet, ou si elle ne me raconte pas cette histoire pour une autre raison (pour essayer de me draguer, par exemple) et parce que je ne suis pas un boulet.
Pendant qu’elle dit du mal de ce pauvre Mathieu, une tierce personne se profile à l’horizon. C’est un mec, et c’est clairement le genre de mec qui faisait tomber les nanas d’un seul clin d’oeil. Avant même que j’aie le temps de faire une blague sur lui pour le décrédibiliser, elle lance :
- Oh Ben, mon chéri, je te présente Laurent.
- Salut !
Je lui tends une main décontractée.
- Salut Laurent, ravi de te rencontrer.
- De même Ben, je lui réponds, bien qu’en fait, il vient de me broyer la main, comme si la virilité d’un homme se mesurait à la force avec laquelle il serrait la main de ses congénères.
- On parlait de Mathieu.
- Ahh, le boulet ?
Et il éclate de rire. Quant à moi, j’esquisse un sourire. À ce moment là, je me demande si Mathieu est un prétendant réel, ou si ce n’est pas un ami imaginaire. Quoi qu’il en soit, je fais acte de présence quelques instants encore, juste le temps d’apprendre qu’ils sortent ensemble depuis près d’un an et demi, avant de leur souhaiter tous mes voeux de bonheur.
Et depuis, devinez quoi ? Je suis le nouveau meilleur ami de Camille, et Mathieu existe bel et bien. C’est qui le boulet ?
