Archive for July, 2006

Chaleur à Milan

July 27th, 2006

Pour les gens venus des petites bourgades telles que La Motte Servolex en Savoie, la ville, c’est la jungle. Mais Milan, quelle ville, et surtout, quelle jungle ! Les dangers se comptent par milliers, ils surgissent sans crier garde, ils vous barrent le chemin menant à l’Eden : le bureau climatisé.

Je vous vois ricaner, vous moquer. Mais vous ne pouvez comprendre la réalité du fourneau milanais : la chaleur qui vous cuit, la chaleur qui vous ronge dans des vapeurs azotées. Sur les balcons, les chiens succombent sans eau, dans les parkings, les bébés sont asphyxiés dans les voitures. Il est dur de distinguer les accidents des meurtres prémédités, mais une chose est sûre : seuls les plus forts survivent.

Chaque matin, la population se lève avec l’astre diurne, et déjà, elle doit en supporter l’oppressante chaleur. La douche glacée est un court répit, son souvenir est un outil de survie auquel tous se raccrocheront, s’agripperont, pour ne pas sombrer dans la folie dans les moments les plus difficiles de la journée. Je suis l’un d’eux. Je suis un homme de Milan. Lorsque j’ai fini de prendre ma douche, j’enfile ma combinaison Fremen. Je franchis alors le pas de ma porte, et déjà, je me fais irradier par ces ondes malsaines que l’on peut assimiler planes, progressives et sinusoïdales. Un calcul rapide si je m’assimile à un corps noir me montre que je ne peux survivre qu’en buvant plus de 25L de soda à 220 Kelvin par jour. Je vois déjà les grimaces se dessinant sur vos visages. Je vois déjà votre esprit qui se refuse à imaginer le calvaire.

Mais je ne m’arrêterai pas. Courageusement, dans des gestes calculés pour limiter la déperdition d’énergie, je me déplace en prenant en compte le facteur surchauffe de la machine qu’est mon corps athlétique. Je ne me suis éloigné que de 25 mètres de ma demeure que déjà je me retrouve en milieu hostile, parmi les plantes carnivores et les vapeurs acides de ces cimetières à papiers gras. Les drosophiles mutants guettent, ils sont comme des vautours, le croisement avec les moustiques les ont transformés en de redoutables omnivores s’attaquant à l’être humain et capables de percer n’importe quel épiderme, et n’importe quelle combinaison Fremen. Finalement, j’atteints la gare, dont le quai et ses voyageurs, vus de haut, s’apparentent étrangement à une pierrade : de la viande, des légumes multicolores (que l’on ne mange pas), et du lard.

La cuisson se doit d’être à point, et les ogres n’hésitent pas à faire du zèle. Les minutes de retard se comptent en heures, pendant que l’on vous promet un train climatisé. Le choc est d’autant plus violent que lorsque l’on franchit le sas du train en espérant trouver une oasis de fraicheur, on se retrouve dans un sauna. Pas de climatisation, il fallait s’y attendre, mais pas de ventilation non plus. Le sauna se transforme en boîte hermétique, et le niveau de dioxygène diminue à vue d’œil. Les indicateurs que sont les canaris, les asthmatiques et les vieux sont alarmants. Ils succombent tour à tour, sombrant dans une léthargie fatale. Je peux sentir la corde autour de mon cou, des clous plantés dans mon corps, et des crocs me saisissant de toutes parts. Je vois rouge, puis noir, je me regarde, une faucille et une lumière jaune. L’internationale retentit, non, c’est le jingle du terminus. Les portes s’ouvrent, laissant s’engouffrer l’air frais. Je reprends vie. Mes yeux s’ouvrent doucement, et je découvre avec horreur que les sièges et le sol sont jonchés de corps inertes. Je les interpelle, mais ils ne répondent pas. Avec stupeur, je comprends. Je suis le seul survivant.

Mais ce que je vous ai raconté là n’est pas vrai. Je n’ai pas découvert avec horreur le train jonché de cadavres. J’ai juste vu, comme tous les matins, qu’ils avaient tous succombé, mais je n’étais pas surpris, c’est devenu la routine. Après cette petite séance de sélection darwinienne, il est proposé aux individus survivants une séance de Hammam, pour affûter un peu plus leurs capacités physiques. Il faut savoir que Hammam en italien peut aussi se traduire par Métro : de la chaleur, des gros qui suent, et l’humidité des transpirations qui se condense et s’écoule sur les vitres.

Toutes ces épreuves passées, vous arrivez frais comme un gardon au bureau. Vos capacités physiques sont décuplées. La preuve, vous êtes Spiderman, vous pouvez coller tout ce que vous touchez.

Bien sûr, la chaleur n’affecte en rien ma santé mentale.

Premières impression milanaises

July 13th, 2006

Je vous livre là mes premières impressions de vie à Milan après deux semaines et demi de test. C’est chaud ! Chaleur ! Callente !

Bien sûr, je ne vous parle pas des filles, bien que j’aie rencontré hier soir le sosie de Denise Richards en tenue très légère (chaleur oblige). D’ailleurs, je me permets de faire une petite parenthèse sur cette fille : elle est mieux que toutes les filles que l’on peut voir dans les magazines. Pour la petite histoire, je croyais qu’elle était française, alors j’ai commencé à lui parler français, mais elle était en fait italienne, j’ai appris qu’elle venait du centre de l’Italie (il y a une raison qui s’appelle le centre ?), quoi qu’il en soit, l’atmosphère romantique, french touch oblige, que j’avais instaurée entre nos deux personnes a vite fait de retomber lorsqu’une fille de notre groupe a grogné : “What the hell are you fuckin’ doing, let’s go !”. Bref, on peut rencontrer de très jolies filles à Milan.

Quand je parlais de chaleur, je parlais du temps. Il fait vraiment super chaud à Milan, pour survivre, il faut à peu près enchaîner 3 ou 4 douches par jour. Le matin, dans les transports, tout le monde est déjà luisant de sueur, accablé par la chaleur. Le soir, je ne vous raconte même pas. Mais le pire, ce sont les personnes en surcharge pondérale. Ce sont des producteurs de chaleur montés sur pattes, des radiateurs quoi. Il est possible de sentir leur aura de chaleur dès lors qu’ils s’approchent de vous à moins de 3 mètres. Lorsqu’ils sont à côté de vous parce que vous êtes compressé comme une sardine dans le métro (comme de juste), vous êtes comme du beurre dans un poêle à frire : vous fondez.

Sinon, j’habite dans une sorte de résidence en périphérie de Milan, dans la petite commune de Novate Milanese. Le coin est très sympa, et la résidence aussi. C’est une ancienne villa sur deux étages avec une très grande cour en son centre. Les pièces de cette villa ont été aménagées en appartements indépendants, et sont louées pour la plupart à des étudiants étrangers. J’ai donc des voisins et voisines slovènes, polonais, singapouriens, taïwanais, colombiens, bulgares, italiens, espagnols, américains, allemands, et tchèques. Ils sont tous très sympas et très ouverts, on y parle surtout anglais parce que peu d’entre eux parlent italien. Ils me font découvrir la vie milanaise.

Il y a toujours des bons plans pour les étudiants étrangers. Mardi et Mercredi soir par exemple, il est possible de manger gratuitement lorsque l’on est étudiant Erasmus. Un voisin allemand m’a prêté sa carte. Je fais donc croire que je suis un français d’origine chinoise ayant des parentés allemandes : je suis Nicolas Wiedemann. En parlant de mangeaille, il faut savoir qu’à Milan, ils font un truc très sympa appelé aperitivo. Ca se passe dans des bars. En fait, durant le Happy Hour, contrairement à la France où on peut avoir un discount sur le prix de la bière, là bas, toutes les consos sont au même prix (même les plus exquis cocktails), soit 5 ou 6 €, et lorsque l’on prend une conso, il est proposé un buffet à volonté. Les buffets sont pour la plupart très bien fournis et délicieux. L’ambiance est aussi pour le plus souvent très agréable, ce sont des bars très chics où la décoration est très travaillée, dans certains, il y a même un DJ et des salles de massage !!

Chez Google aussi, où je fais mon stage, on mange gratuitement ! C’est très fourni en boissons, tablettes de chocolat, barres de céréales, chips, et plein d’autres choses encore : le kit par excellence pour devenir obèse. Les Googlers sont plutôt bien gâtés : ils travaillent avec du matériel dernier cri, et ils disposent d’une salle de relaxation avec des frigos bien remplis, un baby-foot, un projecteur géant avec une XBOX 360, un siège massant, et des Co-googlers sympathiques. Je vous parlerais bien de mon travail, mais c’est Top Secret !

Voici pour mes premières impressions. Si vous voulez voir quelques photos, il y a mon album picassa, même si c’est moins bien que flickr. J’essaierai de prendre des photos pour illustrer ce que j’ai pu raconter dans ce billet.