Il parait, d’après la bible, que tout homme naît pêcheur. Et moi, j’accepte les choses telles qu’elles sont. Quand j’étais petit, j’allais souvent taquiner Dame Fario dans les torrents environnants. Depuis que je suis plus grand, je n’ai plus guère de temps à consacrer à ces activités halieutiques, où la patience, donc le temps, est le maître mot. Pour conserver vraie la valeur de l’assertion des écrits sacrés, je préfère voler de la musique, des films, et des vélos.
Une chose est sûre, j’ai un don pour voler les vélos puisque j’en trouve fréquemment en self-service (càd non attachés). Hier soir encore, j’ai trouvé un vélal à l’abandon, alors que je rentrais d’un footing nocturne. Trouver un vélal alors qu’on est obligé de se taper 5 bornes à pied, c’est comme trouver un portefeuille par terre (ou sur un fauteuil), on se sert ! Cependant, ce soir là, je n’ai pas pris le vélal : d’une part, il ne me restait plus que 300m à faire, et d’autre part, l’ami qui m’hébergeait (appelons le Crystal, à tout hasard), n’aurait pas laissé rentrer un voleur chez lui.
- C : Laurent, tu te rends compte au moins de ce que tu fais, c’est du vol.
- L : Et alors ? T’as jamais rien volé, connard ?
- C : Ben non.
- L : Et les mp3s, les films, les logiciels que tu télécharges alors ?
- C : C’est du vol, je suis d’accord, mais c’est du vol gentil. Tu vois, toute la différence réside dans le fait que lorsque je télécharge un mp3, l’industrie du disque n’a rien perdu, alors que lorsque tu voles un vélal, le propriétaire du vélal a perdu son vélal.
- L : Ahhhh, donc, parce que tu ne peux pas tenir le mp3 dans tes mains, l’industrie du disque n’a rien perdu.
- C : Non, je ne dis pas que la propriété intellectuelle n’est pas la propriété d’autrui. Je dis que si tu voles le vélal du propriétaire, et bien il ne pourra plus se servir de son vélal. Par contre, quand je vole un mp3 (quand je le télécharge) à l’industrie du disque, elle n’a rien perdu, parce qu’elle peut encore vendre ce mp3 à quelqu’un d’autre.
- L : Oui, mais tu voles quand même la propriété intellectuelle.
- C : Ok, je te l’accorde, c’est du vol, mais gentil. Franchement, je me répète, mais : si tu voles un vélal, son propriétaire ne pourra plus s’en servir (il perd quelque chose), alors que pour un mp3, son propriétaire pourra encore le vendre.
- L : Il y a une faille dans ton raisonnement. Dans ton histoire, le propriétaire du mp3 perd quelque chose. Quand il a décidé de commercialiser cette chanson, il tablait sur X clients (étude de marché par exemple), donc il a fait le nécessaire en publicité, composition… Alors, quand tu vas voler le mp3, il perdra une vente, càd les sous de cette vente, et l’investissement amorti par rapport à X.
- C : Je suis d’accord avec toi. Mais tu oublies une chose : moi, si je n’avais pas pu voler ce mp3, je ne l’aurais pas acheté. (si on n’avait pas la possibilité de voler des mp3s, j’écouterais la radio) Donc, il ne perd rien.
- L : Ahhhh, donc les gens qui achetaient des CDs et qui n’en achètent plus (ou que très rarement) maintenant, sont des voleurs de la même espèce que moi.
- C : Oui.
- L : Donc, tu laisses rentrer chez toi des gens qui sont des voleurs de la même espèce que moi, mais tu ne les méprises pas autant que moi.
- C : Oui
- L : Mais j’aimerais en revenir au point “ce mp3, si je n’avais pas pu le voler, je ne l’aurais pas acheté”. Même si c’est vrai, rassure-moi, ce mp3, une fois que tu l’as volé, tu l’écoutes quand même ?
- C : Oui, je l’écoute.
- L : Donc tu utilises quelque chose que tu as volé, même si tu ne l’aurais pas acheté si tu n’avais pas pu le voler. Et c’est ok pour toi. Genre, je me déplace à pieds d’habitude, mais vu que je suis un délinquant, je vole une Z3, et je l’utilise. Je l’ai volée, mais je ne l’aurais pas utilisée si je n’avais pas pu la voler. Penses-tu que c’est mal ?
- C : Oui, c’est mal. Mais là le concessionnaire, il n’a plus de voiture.
- L : Je prends un autre exemple. Imagine un épicier qui a un stand de 50 kg d’orange. Dans ces 50 kilos d’orange, il espère en vendre 45 kg, les 5 kg restants sont considérés comme de la perte, ils seront jetés au bout de 2 semaines lorsque personne n’en voudra plus et qu’ils auront pourri. Je passe à côté du stand à 16h30. J’en vole une, et je la mange (je l’utilise). Selon toi, là j’ai le droit de la voler, parce que si j’avais dû l’acheter pour pouvoir la manger, je me serais abstenu, et parce que cette orange que j’ai volée fait partie des 5 kg de perte prévues, et on ne peut donc considérer que l’épicier a perdu une orange puisqu’il peut encore en vendre 45 kg (on considère que l’épicier n’a pas compté dans ses clients les écoliers qui achetaient les oranges à 16h30).
- C : Hum…
- L : Il y a un contrat entre le vendeur et le consommateur. Lorsque tu utilises le produit du vendeur, tu paies une somme d’argent. Si tu ne la paies pas, tu voles, et tu brises une règle de la société, qu’il y ait une perte ou pas du côté du vendeur.
- C : Sinon, j’ai un autre argument : il faut boycotter l’industrie du disque qui s’en met plein les poches, et qui se place en intermédiaire artificiel qui n’a plus lieu d’être à l’heure de l’Internet.
- L : Je ne suis pas si sûr qu’ils n’ont pas lieu d’être. Si les artistes
pouvaientdevaient faire l’enregistrement, la diffusion, et la publicité de leurs oeuvres tout seul, il y aurait sur le marché beaucoup moins de diversité musicale. - C : Moi je dis qu’ils s’en mettent plein les poches, et qu’il faut protester : téléchargeons des mp3s illicitement.
- L : À ce moment là, pour protester contre les prix d’Apple qui sont trop haut, je vais à l’Apple Store, et je vole des iPods et des MacBooks. Nous sommes dans un monde civilisé, et la musique n’est pas essentielle à ta survie, tu as le droit de protester légalement, en n’achetant pas de mp3s, tout simplement.
- C : Mouais…
- L : Il y avait un argument recevable que tu ne m’as pas cité, c’est que le vol du vélo se serait répercuté plus directement sur son propriétaire qu’un vol de mp3 (dans le sens où le mec aurait été dans la merde pour aller en cours le lendemain par exemple). C’est d’ailleurs pour cela que je n’ai pas volé le vélo.
- C : Tu restes un délinquant, et moi, je suis le robin des bois modernes.
- L : ZZZZzzzzzZZZZzz…
J’espère, cher lecteur, que tu es d’accord avec moi : télécharger un mp3 illicitement, c’est aussi mal que de voler un vélal. Si tu ne l’es pas, je t’invite à exprimer ta pensée dans les commentaires.
