Une grosse connerie

03 Nov, 2005

De la Tessonnière d’en bas à la gare de Chambéry

Posted by: Laurent Tu In: Une grosse connerie

Cette nuit là, je m’en allais sans bruit, sans rien dire, Lucky était au pas de la porte, il me voyait partir, il voulait m’accompagner. Mais cette fois ci, il ne serait pas de la partie. Je ne me suis pas retourné, j’ai foncé droit devant avec pour seuls alliés mon casque et mon vélo.

Alors que je pensais m’être déjà éloigné de toute civilisation, je rencontrai mon voisin qui me demandait ce que je faisais à une heure si tardive, c’est vrai que le changement d’heure avait tout bouleversé, et malgré l’heure matinale pour l’activité à laquelle je m’apprêtais à me livrer, la nuit était déjà tombée.

“Où vas-tu commme cela ?”

J’étais sans crainte, je le savais assez fort pour lui révéler le sort qui m’attendait. Il ne m’empêcherait pas, il ne pleurerait pas.

“Je vais arpenter les sentiers de notre forêt.”
“Et …”

Je sentais tout de même la crainte et l’hésitation dans sa voix. Pouvait-il prononcer le mot ?

“… les sangliers ?”

Le fauve, ou plutôt le porcin était lâché.

“Justement, je m’en vais taquiner le sanglier !”
“Comme ça ? Juste avec ton vélo et ton casque !”
“La tradition le veut ainsi, néanmoins, j’ai pris avec moi un atout de taille, ou plutôt je n’ai pas pris de … frontale.”

Il me souhaita bonne chance, rentra chez lui, ferma son verrou à double tour. Il vérifia encore que la porte était bien fermée, dans le cas où j’échouais, les représailles seraient terribles.

Taquiner le sanglier à la frontale est rassurant, mais les vrais chasseurs ne l’utilisent pas. Apâter la bête est plus facile ainsi, c’était Enzo le vieux voisin qui me l’avait appris. Enzo, quel valeureux chasseur, il était exceptionnel. Cependant, il n’est plus des notres, la non utilisation de frontale lui fut fatale.

Je montais en direction de la pointe noire. La forêt était sombre, inquiétante, il reignait comme une atmosphère pesante, je me sentais observé. Il était temps pour moi d’enfiler ma tenue de combat : le collier de maïs. S’il est une technique efficace, c’est bien de se déguiser en maïs vivant. J’avais enregistré des bruits de popcorn avec mon lecteur MP3, et je les diffusais maintenant en terrain hostile. La forêt était calme, trop calme, il se tramait quelque chose que je n’avais pas prévu.

Le sanglier légendaire, le gros porc poilu de Pumba était face à moi. Il était attiré par le bruit de maïs soufflé, mêlé à l’odeur acoustique du caramel et du beurre. Inutile de vous en faire la description puisque vous connaissez tous la légende qu’est ce monstreux sanglier. Il voulait me dévorer. La première tentative fut un échec, mon casque me protégeait. Ma dernière protection était tombée. J’étais vulnérable. Heureusement, virtuose du guidon que je suis, je descendais dré dans l’pentu, et je me retrouvais bien vite en plein ville.

Les voitures finirent d’achever la bête sauvage qui tentait de me poursuivre. J’avais gagné, mais je ne m’occupais pas de la dépouille de l’animal. Les généraux se contentent de remporter les batailles, ce sont les ambulanciers qui ramassent les cadavres. J’étais grisé par l’action et je ne m’étais même pas rendu compte que j’étais arrivé à la gare. De plus, mon train arrivait dans 5 minutes, que c’était bien calculé !

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